Histoire tragique des enfants juifs dans les Landes 6/

dimanche 22 juillet 2012
par  gabardan
popularité : 28%

Page incomplète : en travaux

L’arrestation et la déportation des 29 enfants,

15 fillettes, 14 garçons,

-

Rachel FURMANSKI 15 ans et son frère Moïse 14 ans nés à Varsovie, vont être les premiers à emprunter le funeste trajet.
Ils sont arrêtés par la Feldgendarmerie en gare de Mont-de-Marsan et conduits à l’hôpital Lesbazeilles avec la fameuse fiche qui mentionne qu’ils peuvent ... se rendre chez Mme LAB 56 rue Montré à Paris 11ème. ( ((Archives des Landes) (285 W 73).)).)

Dans un courrier daté du 10 août adressé à des proches, Rosa leur mère indique : « Nous avons été arrêtés à la descente du train le 7 août 1942… Les enfants ont été séparés… Si vous vous occupez des enfants écrivez à l’hôpital de Mont-de-Marsan ».

Hélas, comme nous l’avons vu, la requête du préfet auprès des allemands pour qu’ils prennent les enfants a été entendue et leur séjour à Lesbazeilles sera bref.

Dès le 11 août Rachel partira pour Mérignac avec 29 femmes, tandis que son frère partira le lendemain avec les hommes. Le 31 août, par le convoi n° 26 avec 230 autres enfants et leur mère, ils partiront de Drancy pour Auschwitz où ils seront gazés à leur arrivée au camp.

Les 7 et 8 août 56 juifs sont arrêtés en gare de Mont-de-Marsan de 6 nationalités différentes dont 9 enfants. Rachel et Moïse étant polonais seront déportés en priorité. Deux autres, Arlette et Jean WOLAND, 8 et 7 ans, seront déportés à Bergen-Belsen par le dernier convoi parti de Drancy le 3 mai 1944. Ils seront les seuls à revenir de déportation.

Les cinq autres :

  • Lucien BINES, 9 ans,
  • Jacqueline MOSZKOWICZ, 4 ans,
  • Bernard EDELSZTEIN, 7 ans,
  • Salomon SWARC, 4 ans.
  • Hélène GUTTER, 7 ans,

tous nés à Paris, vont bénéficier d’un sursis.

Avec Robert MELENDÈS 11 ans, entré à Lesbazeilles le 7 juillet et Monique CIOLEK 3 ans entrée le 13 juillet, ils vont connaître une dernière chance.

C’est l’épisode de la ferme du Pouy. Dans la matinée du 18 août un inconnu va retirer les 6 enfants présents à l’hôpital – Lucien BINES n’est plus là – et les conduire de l’hôpital à la ferme du Pouy située à 1500 mètres de là.

C’est sans doute la famille de Robert MELENDÈS d’Arcachon qui a organisé « l’évasion ». Le frère aîné a été arrêté le 7 juillet et le père est en zone libre.


Que se passe-t-il à proximité de la ferme du Pouy, située à une centaine de mètres de la ligne de démarcation ? On l’ignore, mais les 6 enfants sont planqués dans un bâtiment dépendant de la ferme et c’est là qu’en fin de matinée surgissent des policiers français qui raflent les enfants lesquels seront immédiatement livrés aux allemands et acheminés dans l’après-midi au camp de Mérignac comme l’atteste le document précédemment cité.

Nous ne possédons pas de document concernant les circonstances de l’arrestation, mais un ancien employé du commissariat de police de Mont-de-Marsan nous a délivré une attestation sur l’honneur pour avoir eu connaissance d’un rapport du commissaire de police au préfet rendant compte de l’arrestation des enfants à la ferme du Pouy par des policiers des Renseignements Généraux.

Les policiers ne sont pas venus par hasard à la ferme du Pouy, à l’époque isolée dans les champs. Il y a eu dénonciation. Comment ne pas faire le rapprochement avec un épisode qui va se dérouler au même endroit 15 jours plus tard.

Un maquisard FTP, Oscar MARTIN, venu de La Rochelle, pourchassé par les allemands, va demander à manger au fermier du Pouy. Celui-ci refuse et envoie son fils prévenir la gendarmerie. Encerclé dans les champs, O. Martin va se suicider à l’endroit même ou s’élève aujourd’hui l’école du Pouy.

Quant au fermier il recevra du Ct VON DESSLOCH de la Kommandantur de Biarritz une lettre lui exprimant « … sa reconnaissance et gratifié d’une prime de 1.000 frs ! » (Archives des Landes) (285 W 73L)

Le 18 août 1942 restera le point culminant, le mardi noir des arrestations d’enfants juifs dans les Landes. Comme l’attestent les documents du directeur du camp de Mérignac ce sont 16 enfants qui ont été arrêtés ce jour là à Mont-de-Marsan.

Aux deux FURMANSKI déjà cités et aux six enfants arrêtés au Pouy vont s’ajouter : les quatre enfants GRYF et les deux SZTAJNER leurs cousins, venant de Reims. Mais aussi les deux MESSER, Charlotte et max 11 et 6 ans, Maurice LEYKOWICZ et Daniel PRYNC – lequel a plus de 16 ans –.










Pour ces quatre derniers nous n’avons pas la certitude absolue quant à leur arrestation à Mont-de-Marsan. Mais tous ont en commun leur arrestation pour tentative de franchissement de la ligne de démarcation.


Ils seront déportés ensemble et périront à Auschwitz à quelques jours d’intervalle. Nous savons peu de choses de ces enfants sinon qu’ils sont tous nés et habitaient Paris avec leur famille.

Pour un seul, Bernard EDELZSTEIN, on ne retrouve pas trace de sa déportation qui a dû intervenir par le convoi n° 26 du 31 août avec sa mère1. Par contre nous connaissons mieux la tragédie des familles GRYF et SZTAJNER de Reims.

Les pères des enfants, Jacques GRYF et Henri SZTAJNER sont beaux-frères, de nationalité polonaise. Ils s’étaient engagés en 1939 dans l’armée française. H. SZTAJNER sera blessé. En 1940 ils passent en zone non occupée pour se mettre en sécurité pensant que femmes et enfants ne seraient pas inquiétés.

Mais les arrestations de juillet les incitent à organiser le passage de la ligne de démarcation pour leur famille. Le 17 août un groupe de 11 personnes, 5 adultes et 6 enfants, va partir de Reims pour Mont-de-Marsan. C’est là qu’ils seront arrêtés en compagnie de 17 autres juifs de la région parisienne qui avaient pris le même train.

En plus des 6 enfants du Pouy ce sont donc 28 juifs qui sont arrêtés le 18 août 1942 à Mont-de-Marsan, dont les enfants GRYF et SZTAJNER.

  • Jeannette GRYF, 9 ans,
  • Maurice GRYF, 7 ans →
  • Simon GRYF, 5 ans
  • Léon GRYF, 1 an ½
  • Arlette SZTAJNER, 3 ans, →
  • André SZTAJNER, 5 mois

Les pères des enfants ne pourront jamais faire le deuil de la disparition de leurs épouses et enfants. Après la guerre, ils se retrouvaient et passaient de longues heures cloîtrés devant les photos de leurs disparus à évoquer le souvenir des jours heureux vécus en famille avant le déferlement du nazisme sur la France.

Ainsi à la date du 18 août 1942, 17 enfants sont déjà arrêtés et seront tous déportés.
Qui sont les autres ? Il y a les trois enfants d’une autre famille FURMANSKI de Paris : Esther 15 ans, Bernard 8 ans, Adolphe 6 ans, arrêtés à Dax avec leur mère.
Ils seront déportés par le convoi 35 du 21.09.1942. Les trois enfants JUDELSON, également arrêtés à Dax avec leur mère par la police française : Pauline 11 ans, Isaac 8 ans, Annie 3 ans déportés par le convoi 36 du 23.09.42.
En 1952 des survivants de la famille ayant demandé une enquête sur leur arrestation, un rapport de police précise : Aucun dossier… dans les archives du commissariat de police et de la gendarmerie détruites à la Libération (ADL). Détruites par qui et pourquoi ?

Cinq autres enfants vont encore tomber dans les filets des polices allemandes et françaises et connaître la même fin tragique.

<Renée PRZEDBORZ 14 ans de Reims. Comme d’autres familles rémoises Renée arrive à Mont-de-Marsan en compagnie d’une tante pour passer en zone non occupée.
Elles seront arrêtées et déportées à Auschwitz par le convoi 35 avec Robert MELENDES et les trois enfants FURMANSKI.

17 membres de la famille PRZEDBORZ sur 20 vont périr à Auschwitz. Le frère aîné de Renée, Jacques, est venu à deux reprises s’incliner devant le Mémorial du parc J. Rameau. Il nous a relaté comment il devait partir avec sa sœur, mais au dernier moment le refus de sa tante de l’emmener lui sauvera la vie et plus tard il réussira à échapper à la police en se sauvant par les toits. Un miraculé de la Shoah.

Rachel LEIBOVICI 15 ans de Paris. Elle sera arrêtée à Dax le 21 octobre 1942 en compagnie de quatre adultes dont sa mère par la police française. Après avis du procureur de la République et du sous-préfet, ils seront livrés aux allemands deux jours plus tard. Rachel sera déportée avec sa mère par le convoi 53 du 25 mars 1943.

Léa et Rachel ZAWIDOWICZ 13 et 12 ans. Ces deux petites montoises, nées à Talence, habitaient avec leurs parents 10 Rue St Vincent de Paul jusqu’en juillet 1942.


Les parents des fillettes étaient commerçants en bonneterie, des témoins nous ont relaté comment la famille a franchi la ligne de démarcation dans la nuit du 10 au 11 juillet 1942, comment elle a été hébergée plusieurs semaines à la ferme du « Hillo » à Benquet par la famille TAUZIA avant de se réfugier à Tarbes au 8 Cours du Reffy où elle sera arrêtée fin janvier 1943 et déportée par le convoi 48 du 13 février 1943.

Dans les archives nous avons découvert une lettre supplique du père adressée au préfet datée du 18 juin 42 où il implore en vain, … « l’autorisation de faire un prélèvement sur son compte bloqué depuis janvier 41… mon compte courant ayant été saisi… j’ai deux enfants âgés de 12 et 11 ans…"

Mme CABANE ancienne gouvernante des deux fillettes a témoigné avant son décès combien les deux fillettes étaient vives et intelligentes, pleines de vie. "Quand je les ai laissées dans la nuit, au-delà de la ligne de démarcation comme elles pleuraient ! Oh comme elles pleuraient ! Et d’ajouter … c’est horrible la guerre, mais pourquoi tuer les enfants ?"


Les deux dernières arrestations connues se feront en zone non occupée.
Myriam NEUBURGER 14 ans à Grenade s/ Adour arrêtée le 26 août 1942. La tragique odyssée de la famille NEUBURGER à travers l’Europe reflète le martyre juif sous la botte du nazisme triomphant.

Sally, le père, est né à Phillisburg en pays de Bade, juif et militant anti-nazi, il est une cible privilégiée. Il quitte sa ville natale pour Berlin où va naître Myriam en 1928.
Fuyant les persécutions, il va habiter Chemnitz près de la frontière tchèque, puis émigrer à Prague avec sa famille que les nazis occupent en 1938.
La famille réussit à gagner Paris, puis Grenade s/ Adour à l’exception du père qui est à Montpellier.
Le jour même où Pétain annonce la capitulation de la France il écrit à une amie de façon prémonitoire : « Vous pouvez imaginer ce qu’une victoire hitlérienne signifie pour nous : LA MORT !!"

Dans un courrier précédent il parle de sa fille avec un brin de fierté « Myriam est une fillette gentille et courageuse, elle est première de sa classe, elle est studieuse et assidue. Elle parle parfaitement le français ».

À Grenade s/ Adour, la famille NEUBURGER habite au 4 Rue du Soleil. Le père, après avoir connu en 1939 un camp de concentration de DALADIER – il est citoyen allemand donc suspect – va s’engager dans une Compagnie de Travailleurs Etrangers (CTE) transformée en Groupement (GTE) par Pétain et sera affecté à la 311ème Cie basée à LA PEYRADE près de Frontignan. Il réussira à plusieurs reprises à rendre visite à sa famille à Grenade.

Le 5 août 1942, BOUSQUET secrétaire général de la police de Vichy, décide la première vague d’arrestations de juifs étrangers en zone non occupée. Le 18 août la date est fixée au 26 et doit rester rigoureusement secrète.

Dans la nuit du 25 au 26, Myriam, sa mère et ses grands-parents sont arrêtés par les gardes mobiles de Vichy et conduits à la gendarmerie. La même nuit à Eauze 18 juifs sont arrêtés dont trois fillettes
.
Regroupés au camp de Rivesaltes tous seront livrés aux allemands le 15 septembre 1942 à Chalons s/ Saône. Myriam et sa mère seront déportées par le convoi 33 du 16 septembre 1942.

Les anciens camarades d’école de Myriam se souviennent encore de cette mignonne brunette au béret rouge disparue au cœur des vacances d’été 42. Son père et neuf autres membres de la famille périront également à Auschwitz.

L’été dernier, un cousin de Myriam, qui habite en Californie, seul survivant de la famille, nous a fait parvenir un message de reconnaissance pour nos initiatives en faveur de la mémoire de Myriam.
Dernière victime recensée Jacques ULMO né à Bourriot-Bergonce le 19 juin 1941. Cet enfant de 3 ans, sa mère et son oncle, ainsi que la famille REIN composée aussi de trois personnes, tous juifs alsaciens originaires d’UFFHEIM qui n’ont pu réintégrer leur pays devenu allemand, vont disparaître lors de la grande rafle menée par l’occupant les 21 et 22 avril 1944 dans les cantons de Roquefort et Gabarret.


Dans cette dernière localité trois israélites sont arrêtés, torturés et sauvagement abattus, « leurs corps criblés de balles » témoignera le maire de l’époque, M. GAUJOUS. Il s’agit de Maurice CHIMENE 63 ans, Pierre CHIMENE 34 ans et Joseph HEYMAN 44 ans.
C’est donc une quasi certitude que les familles ULLMO et REIN ont subi le même sort, car on ne trouve pas trace de leur déportation.


Ils sont donc enfouis quelque part dans la lande de Bourriot et rien, nulle part, ne rappelle qu’ils ont fait partie du monde des vivants !
Le registre d’état civil de la mairie de Bourriot-Bergonce porte la mention suivante pour le petit Jacques : Décédé le 30 juin 1946 en déportation (?).

Un document concernant Charles ULLMO révèle comment étaient considérés et traités les juifs à l’époque.


En février 1943, il est convoqué à Pau devant le tribunal de cette ville pour répondre à … infraction à la loi concernant la déclaration de juifs… Il s’est bien présenté en temps voulu en 1940 à la mairie de Bourriot pour cette formalité rendue obligatoire par Vichy, mais le maire lui avait indiqué n’avoir reçu aucune instruction à ce sujet.


Il sera condamné à une amende de 7.500 Frs ! Une somme exorbitante qu’il lui est impossible d’acquitter
.

Le 8 août 1943, le député d’Agen Joseph FEGA, adresse au préfet GAZAGNE un courrier sollicitant sa bienveillance et une remise totale ou partielle de l’amende… afin de soulager la misère de ce réfugié. Lettre qui porte au crayon l’annotation suivante : « Bourriot-Bergonce est en zone sud. S’il s’était trouvé en zone occupée le délinquant (sic) serait interné. La peine est bien légère" (ADL). Note qui n’a pu être rédigée par un employé subalterne et qui en dit long sur l’état d’esprit, vis-à-vis des juifs, régnant à la préfecture des Landes au temps de l’occupation !

Ainsi au terme de nos recherches nous avons identifié un total de 29 enfants de moins de 16 ans raflés dans les Landes. Dont 25 pour le seul mois d’août 1942, tous déportés et assassinés à Auschwitz.
Assassinés parce qu’ils étaient nés juifs, et constituaient une menace pour la pureté de la race aryenne !

Tableau des arrestations et déportations des enfants
(présenté dans l’ordre des convois)


Brèves

21 juillet 2012 - lutter contre l’oubli

La rafle du Vél’d’Hiv commémorée le lundi 16 juillet 2012 est ignorée de 42% des français. Le 70e (...)